Anu-ksanam


sangye yesheQue veut dire anu-ksanam ?

Anu-ksanam signifie « à chaque moment » ; il s’agit alors d’une continuité, du quotidien, de chaque instant. Il m’a semblé que ce mot trouvé dans les dictionnaires sanskrit, pour rester dans la langue du yoga, rend bien compte du fondement de la pratique proposée :

« Le moment le plus important commence quand on quitte la salle de yoga ou de méditation. »

Bien sûr que la pratique sur le tapis est essentielle. Cette affirmation signifie que la conscience du corps, de son unité, du souffle, la stabilité émotionnelle, mentale, n’ont de sens profond que si on les met en place dans l’ensemble de la vie, et ainsi dans le quotidien. Anu-ksanam a bien cette signification.

Qu’est-ce que la pratique des postures, la respiration, la méditation, peut apporter à la vie quotidienne ? Car si l’on pratique deux ou trois fois par semaine pendant une ou deux heures, pour reprendre ses habitudes, pour être à nouveau emporté par l’agitation incontrôlée, cela n’a qu’un effet temporaire. Garder la conscience du corps, de la respiration, du mouvement, élargir sa conscience et sa vigilance au quotidien, tel est le sens de l’anu-ksanam yoga. .

Bien sûr on n’invente rien ici. Cette idée est déjà présente à l’origine du yoga. On la trouve aussi dans le zen et le tao. On souligne juste l’importance de ce quotidien, on y insiste parce que c’est là que les mécanismes de vie reprennent très vite la place. C’est sans doute là que tout se joue. Comment prolonger les effets positifs dans la vie de famille, dans la vie professionnelle, dans les moments difficiles de l’existence, dans le stress, dans la crainte, etc.

L’approfondissement de la conscience du corps dans son unité permet de se centrer, de se stabiliser pour mieux s’harmonier avec la réalité.

Le Yoga : Unité

Le mot yoga provient de la racine sanskrite YUG, qui signifie joindre, unir, mettre ensemble. On retrouve cette étymologie dans le latin jugum, jungere, dans le grec zugôn, dans l’allemand joch dans le français joindre, jonction, joug, et dans l’anglais yoke. Il s’agit d’une unification de l’ensemble des constituants de l’esprit humain. Être unifié en soi-même. L’homme vit dans la diversité de comportements, dans des contradictions, des pensées, avec des qualités psychologiques multiples. Le yoga vise le recentrement, l’union, l’un au-delà du divers. Il s’agit d’arrêter les mouvements, les agitations, les transformations incessantes du psychisme. C’est la cessation de l’activité du tourbillon mental. L’esprit est alors pacifié. Le yoga est maîtrise de soi, maîtrise du corps (hatha-yoga), maîtrise du mental. Il s’agit pratiquement de porter le corps à l’immobilité et le mental au silence.

La définition du yoga dans les Yoga-sûtras est une définition d’ordre pratique : « Yogash chitta-vritti-nirodhah » (YS, I. 2) Le yoga est la cessation de l’activité incessante du mental, l’interruption de ses modifications constantes qui sont sa condition d’existence. C’est l’arrêt de l’agitation incontrôlée de tout ce qui surgit dans la conscience indépendamment de la volonté. Cet arrêt permet de découvrir une conscience plus subtile, plus fine, plus profonde. Le yoga rend possible l’arrêt du flux continu du mental et ainsi la plénitude qui ressort quand l’agitation cesse.

Le yoga est ainsi avant tout une question mentale et non physique. Que l’on soit souple ou non n’a pas d’importance. Si l’on unit le souffle, la sensation du corps, la vigilance qui appréhende tout ce qui est dans l’instant présent, non seulement sur le tapis, mais aussi dans sa vie en général, alors le yoga est là. C’est la vie de tous les jours comme méditation.

Notre attention se porte ainsi sur la sensation du corps, du souffle, du mouvement et de ‘l’immobilité à chaque moment de la vie.. Il ne s’agit pas ainsi de séparer l’instant donné au corps et l’instant donné à autre chose. Il s’agit de tout unir.